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Arthur Borges

Trouver un traducteur ; l’achat d’une traduction


By Arthur Borges. Submitted on June 12, 2006

About the author: Arthur Borges has been translating and interpreting since 1989 and teaching Second Language English since 1975. He is a TC administrator and moderates the French Forum at TC.



Au même titre que le marabout et la diseuse de bonne aventure, le traducteur exerce un métier essentiellement non-réglementé. Suspect non seulement pour son charlatanisme des plus insondables et ses maintes incompétences, le traducteur l’est aussi au niveau de ses allégiances (« traduttore, tradittore » soit « traducteur = traitre » -- nous nous le faisons citer de temps à autre et gardez-le pour vous afin de mieux éviter de vous faire mal voir parmi les miens).

Par ailleurs, comme dans tout métier et toute profession, l’éventail des agréments et des appartenances à diverses associations professionnelles auto-homologants valent ce qu’ils valent : qui n’a pas entendu de macabres histoires de faute professionnelle en médecine, par exemple ?

Cela dit, avec un minimum de précautions, il est possible de limiter des dégâts, voire d’obtenir un produit de belle qualité et, pour les exemples, nous allons supposer le cas d’un document en français à passer en anglais, une traduction français-anglais car, étant traducteur français-anglais (suédois-anglais mis de côté), c’est le rayon que je pratique.

Les précautions à prendre rélevent de 2 ordres : celui qui vous concerne et celui qui concerne l’autre.

Avant tout : balayons devant chez-soi

La première règle consiste à bien veiller à la qualité de rédaction de la version originale du document : si c’est mal-écrit en français, ça craint pour la traduction. Grave !

Deuxièmement, rassemblez des documents susceptibles d’aider le traducteur. Avez-vous des glossaires-maison ? Dans votre bibliographie, y-a-t-il des publications rédigées par des auteurs de langue maternelle anglaise qui lui apporteraient une vue d’ensemble sur le sujet de votre article ? Ou qui lui permettront de « pomper » des termes ? Y-a-t-il des sites Internet sur lesquelles il pourrait se rabattre ?

Troisièmement, soyez à sa disposition pour répondre à ses questions et puisque certains traducteurs imaginent qu’ils doivent projeter au client une image d’omniscience, ou se comportent trop volontiers en ourson mal-lêché, prenez l’initiative de leur signaler explicitement votre disponibilité.

Quatrièmement, les normes de mise-en-page, de ponctuation, de la présentation de la bibliographie ne sont pas normalisés en anglais. Donc, si vous connaissez votre éditeur, demandez-lui un exemplaire des normes qu’il applique ou fouillez sur son site Internet pour les retrouver. Au pire, transmettez l’adresse du site au traducteur.

Cinquièmement, en fixant vos délais, il faut savoir qu’un traducteur peut pousser jusqu’à 2.500 ou 3.000 mots par jour mais, comme le monde ne tourne qu’autour de vous, il risque d’avoir d’autres documents dans son colimateur et il vaut mieux tabler sur un rendement de 1.000 mots par jour.

Sixièmement, envoyez-lui le bon de commande tout de suite et réglez sa facture dans les meilleurs délais : dans les 2 cas, c’est fou comme c’est motivant de savoir que votre réaction sera aussi rapide que la sienne et que l’on sera payé par retour du courrier.

Le profil du traducteur idéal et son homologue pédestre

Il y a trois ingrédients : bilinguisme, spécialisation et belle plume.

Bilinguisme

Qu’un traducteur doit être bilingue n’est pas une évidence aux yeux de tous et il y a encore des naïfs qui passent le document à leur secrétaire en lui disant d’aller s’achêter un dictionnaire français-anglais pas trop grand et puis de se débrouiller -- surtout si, pendant l’entretien d’embauche, le type avait remarqué qu’elle avait marqué « notions anglais » sur son C.V. Ce type de patron est une espèce en voie d’extinction. Oiseau moins rare mais apparenté et à peine plus évoluée : celui qui assimile la traduction à la frappe bilingue, ce qui revient à méprendre un utilisateur de PC pour un architecte de réseaux.

Il est d’une importance fondamentale que votre traducteur ait pour langue maternelle la langue cible de votre document. Exemple : votre article est destiné à une publication australienne. Eh bien, il faut trouver un anglophone de souche maîtrisant le français et non l’inverse.

Deuxièmement, plus le traducteur a vecu en Belgique, France ou Suisse francophones, plus c’est rassurant.

Spécialisation

Vous avez un document en aéronautique à traduire et vous avez trouvé un traducteur de langue mat’ anglaise : chic ! Mais ce n’est pas fini. Est-il diplomé en ingénierie aéronautique ? C’est déjà mieux. Le doc porte plutôt sur les systèmes embarqués ? Euh, peut-être faut-il donner la préference à un informaticien, voir un éléctronicien, selon qu’il s’agisse plutôt de matériel ou de logiciel.

Cela implique que le meilleur terrain de chasse sera à l’intérieur de votre réseau d’amis et de collègues (ou de confrères). Qui autour de vous connaît un confrère américain, anglais, australien ou néo-zélandais ? S’il n’est pas disposé à effectuer la traduction, veut-il bien la relire en fin de course ? Si oui, chic encore et continuons.

A défaut, il faut se lancer sur le marché de l’offre où il y aura d’anciens ingénieurs aéro qui se sont recyclés dans la traduction : c’est votre meilleur choix et soyez prêt à payer un prix en conséquence.

A défaut, recherchez un traducteur qui a déjà une expérience de l’aéronautique. Demandez-lui une bibliographie de ses œuvres en la matière, voire 2 pages tirées d’une traduction précedente (la première en français, la deuxième en anglais, n’est ce pas ?).

Notez que, si vous ne connaissez pas la langue cible (ou « langue d’arrivée »), il vaut mieux avoir un traducteur et puis vous faites faire la relecture par un réviseur, qui lui doit au moins TRES bien connaître la langue d’arrivée, mais ne sera pas tout forcément de langue maternelle anglaise.

Belle plume

En Bic, Dupont, Mac ou compatible IBM, en plus du bilinguisme et d’une spécialisation pertinente, il faut que le traducteur sache rédiger : en effet, la traduction exige une grande capacité à chambouler le syntaxe de la phrase française et de recracher ses composants dans un ordre parfois tout autre.

Toujours supposant le cas d’un article en aéronautique, si le niveau de la technicité est rélativement faible, il peut s’avérer plus sage de la confier à un journaliste anglophone ayant travaillé pour Jane’s ou Flying Review – surtout s’il agit d’un texte à caractère plutôt publicitaire.

Travailler avec un particulier ou avec un cabinet ?

Lorsqu’il s’agit de traductions qui ne seront traduits qu’en une seule langue, mieux vaut travailler avec un particulier car il y aura une continuité de style et il va se familiariser de plus en plus avec votre domaine, votre jargon, vos préférences et vos besoins individuels.

Si vous avez un document à traduire en plusieurs langues, il vaut mieux travailler avec un cabinet de traduction (et ça fait déjà moins sérieux si la maison se dit « agence » de traduction). Seul un cabinet conséquent aura un fichier de fournisseurs assez important pour gérer plus de 2 ou 3 langues. Un cabinet aura également à sa disposition du personnel pour gérer au mieux les révisions et les délais.

Seule une agence pourra traiter des volumes dépassant les 3.000 mots par jour. Dans ce cas, assurez-vous noir-sur-blanc qu’il y aura un réviseur ou chef de projet qui relira toutes les traductions et imposera la continuité de style et du choix des termes, faute de quoi, d’une page à l’autre un même individu sera « anésthesiste » puis «médecin-anésthesiste » puis « anésthésiologue » ou « anésthesiologist » et parfois simple « médecin ». Puis les pastilles seront tantôt carrées, tantôt rondes, tantôt petites, tantôt plus grandes avec plus ou moins de décalage par rapport à la marge.

Toutefois, la règle bancaire s’applique : elles ne prêtent qu’à sociétés ayant au moins 2 années d’existence. Vu ?

Le test (ou « jet d’essai » si vous insistez)

Rien ne vous empêche de proposer 100 à 200 mots à titre d’essai non-rémunéré. Cela offusque certains traducteurs, mais personnellement je ne vois pas pourquoi un traducteur n’investirait pas 1 heure de son temps s’il est sûr du produit qu’il est capable de sortir.

Terrains de chasse

A défaut d’avoir mobilisé un membre de votre réseau de connaissances personnelles, ou un traducteur conseillé par un tel membre, alors cherchez d’abord sur votre quartier – le résultat a déjà surpris plus qu’un.

Si cela ne cible pas le fournisseur de vos rêves, passez une annonce ici sur TranslatorsCafe. C’est gratuit et assez rapide.

L’annonce devrait inclure : le domaine, les langues concernées, le nombre de mots (certaines langues travaillent encore à base du nombre de signes), la date limite de livraison (soyez précis), les délais de règlement et un échantillon du document à traduire à titre d’essai non-rémunéré.

Ne précisez pas le prix au mot car l’avantage des annonces d’offre est qu’ils fonctionnent comme une vente aux enchères à l’envers – ou comme un appel aux offres tout court.

Ensuite, vous attendez les réponses et faites le tri du rapport qualité-prix.

Après avoir arrêté votre choix, transmettez donc le document au traducteur avec une demande de devis. Vérifiez que le devis est correctement rédigé et qu’il reprend tous les éléments du document : titre, nombre de mots, tarif par mot, TVA (si situé dans un pays membre de l’U.E.), délai et modalités de règlement, nom et coordonnés compléts du traducteur, numéro SIRET, etc.

Dernièrement, vérifiez que vous êtes tous sur le même système d’exploitation (Windows, Mac) et sur les mêmes logiciels et qu’il a pu ouvrir le document ainsi que tous les jpgs et objets insérés.

Réception de la traduction

Tout d’abord, si votre anglais le permet, lisez la traduction comme si vous étiez un quelconque lecteur de la publication. A ce stade, ne vous rabattez pas sur l’original en français mais contentez-vous de marquer des points d’interrogation par-ci et par-là le cas écheant.

Ensuite, activez la fonction « révision » de votre traitement de texte, ouvrez les 2 documents (versions française et anglaise) et faites une lecture phrase-par-phrase.

Vous êtes désormais prêt à ajouter vos commentaires et vos questions avant de renvoyer le document au traducteur pour qu’il réctifie son tir.

La première révision devrait être compris dans le prix, mais posez toujours la question au moment de la commande. En tout cas, si la traduction nécessite plus que 2 révisions, il y a tout probablement problème.

En cas de problème

Avant de paniquer, demandez une relecture à un tiers qui maîtrise l’anglais mieux que vous et cela pour au moins 3 raisons. Premièrement, il y a le champs miné des faux-amis, plus nombreux et bien plus traîtres que parfois l’on ne l’imagine. Deuxièmement, il est parfois traumatisant de se sentir dépossédé de sa pensée, ce qui arrive très vite après le bon chamboulement syntaxique et lexique que nécessite la bonne traduction. Troisièmement, si le traducteur a tout faux, cet abord vous en donnera la plus grande certitude.

Si, en bout de course, le traducteur s’avère incapable d’élèver le niveau de sa prestation à un niveau qui vous est acceptable, faites savoir votre mécontement, négociez une réduction de prix dans la mesure du possible, réglez la somme convenue et gardez précieusement son nom tout en haut de votre liste noire.

De part et d’autre, vous avez l’option de vous taire sur le désastreux échec que vous venez de partager…ou de le faire savoir à tort et à travers sur l’Internet. Cela devrait vous inciter à la discrétion de part et d’autre car, même injustifiée, une mauvaise réputation fait fuir plus rapidement qu’une bonne n’attire.

Et si vous étiez content ?

Réglez dans les meilleurs délais et faîtes lui connaître votre satisfaction.

Quelques mots sur la traduction automatique

Compte tenu de la complexité de toute langue humaine, la traduction automatique a fait des progrès des plus étonnants depuis les premiers logiciels qui datent des années 60s lorsque les services U.S. récueillaient des données soviétiques en quantités tellement industrielles qu’ils ne savaient plus comment faire. A l’époque la mémoire sur disque informatique coûtaient fort cher mais en contrepartie, si les bolchéviques allaient pré-positionner 50 divisions juste en face de l’Alaska, ça leur semblaient sympa de pouvoir se mettre à la bonne page avant l’amorce des premiers gestes d’une telle mise-en-scène.

De nos jours, la mémoire sur disque est cheap mais la traduction automatique demeure peu capable de sortir un produit véritablement lisible. Et s’il semble que Moscou a changé de réligion politique, il paraît que les Chinois seront toujours aussi jaune que jamais. Quoi qu’il en soit, elle présente toujours surtout un intérêt pour le dégrossissement de vastes quantités de données que l’on fait lire par des spécialistes des domaines concernés, qui auront pour mission de : 1° identifier les documents susceptibles de présenter un grand intérêt, et 2° … de les réfiler à un traducteur humain.

Dédouanement pour sexisme

Je présente mes excuses à toutes les traductrices (plus nombreuses que « nous », nous avons su être nombreux) et à toutes les clientes (qui le sont moins) pour l’emploi du masculin à tort et à travers dans cette maigre contribution à la littérature de cette activité qui fait ce qu’ELLE peut pour favoriser l’entente entre les peuples de ce bas monde, qui est parfois des plus agréables.

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