Il était roi parmi les hommes, Un grand roi s'il en fut ; Hélas, il perdit son royaume : Un jour il fut déchu. On l'appelait le Roi Mendiant Car il était bohème ; Réduit à vivre d'expédients, Il chantait des poèmes.
Il en composa vingt ou trente De plus ou moins bon goût, Les chantant qu'il pleuve ou qu'il vente ; Les gens le crurent fou. Ils écoutaient le Fou chanter Dans les champs au dehors ; Dès lors qu'il se fut absenté, Les gens le crurent mort.
Or le Roi Mendiant n'est pas mort Mais changé en oiseau Et chaque année il chante encore : Sa voix monte très haut. Sa tête est surmontée de jaune, Il porte un manteau vert ; Bien que n'ayant plus sa couronne, Il règne sur l'hiver.
Malgré le froid bon an mal an, Son trône est toujours vert. Il siffle pour défier le vent, Chantant ses propres airs. Le présent recueil réunit Quelques-uns de ces chants, Ceux que le Roi Fou répandit Il y a bien longtemps.
James Reeves
Traduit de l'anglais par Laurent Chiacchiérini en août 2008
* Poème titre du recueil rassemblant les “26 lettres”
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RE: Expo Prévert
Originally written by Laurent Chiacchierini on December 10, 2008 9:46 AM
“Jacques Prévert, Paris la Belle
PARIS Jacques Prévert, Paris la Belle Jusqu’au 28 février 2009 (sauf dimanches)
Hôtel de Ville - Salle St-Jean - 5, rue Lobau - Paris
L’exposition fait état du lien étroit entre lepoète Jacques Prévert et Paris, depuis sa petite enfance à Neuillyjusqu’à son statut d’icône de Saint-Germain-des-Prés. De sonappartenance au groupe Surréaliste à son amitié avec Miró, Calder ouPicasso, de son métier de scénariste à celui de poète et chansonnier,cette exposition, bâtie sur les archives personnelles du poète, révèleun homme dont l’esprit, plus de trente ans après sa disparition, rested’actualité.” http://www.plume-mag.com/actualite/331/081208/jacques-prevert-paris-la-belle
Entrée gratuite
J'ai eu l'occasion d'aller voir cette expo ce samedi :
Très bien faite, Très complète, Elle reflète, La diversité du poète.
Si vous passez par Paris, profitez-en (d'autant que, encore une fois, c'est gratuit ).
Il nous fut impossible de quitter la ville.
Nous butions contre l'entrelacs des rails rouillés ;
Trois fois nous rebroussons, arrivés aux usines.
Le canal, pas moyen de nous en éloigner :
Des chats, des espoirs morts engloutis dans l'eau noire ;
Sur nos efforts soufflaient des prières spectrales.
Le marché aux bestiaux, la salle paroissiale
Revenaient tels les fruits de notre désespoir
Et les banlieues au loin comme les Hespérides
Brillaient de mille feux vers les prairies candides.
Nous aboutîmes dans une impasse dernière ;
Sur le trottoir assise une fille en haillons
Sanglotait à côté d'un débit de boissons.
Une nouvelle fois nous fîmes marche arrière.
James Reeves
Traduit de l'anglais par Laurent Chiacchiérini en janvier 2009
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RE: La poésie
Je délaisse momentanément James Reeves pour vous signaler une traduction d'un autre poème anglais que j'ai découvert aujourd'hui à la suite d'une question posée par ailleurs sur le forum (Poem) :
If thou must love me, let it be for nought
Si tu devais m’aimer, que ce soit seulement
Except for love’s sake only. Do not say
Pour l’amour de l’amour. Garde-toi bien de dire :
I love her for her smile--her look--her way
“Je l’aime pour son air, ses propos, son sourire,
Of speaking gently,--for a trick of thought
Pour la façon dont elle parle, simplement ;
That falls in well with mine, and certes brought
Pour sa forme d’esprit, qui m’apaise et m’attire
A sense of ease on such a day—
Et me donna, tel ou tel jour, le sentiment
For these things in themselves, Beloved, may
D’un si parfait accord...” Car malheureusement
Be changed, or change for thee,--and love, so wrought,
Ces choses changent vite, et l’amour qu’on inspire
May be unwrought so. Neither love me for
Meurt de leur mort. Ne m’aime pas, je t’en supplie,
Thine own dear pity’s wiping my cheek dry,--
Pour les larmes que, sur mes joues, avec bonté,
A creature might forget to weep, who bore
Tu séchas si souvent. Cette mélancolie
Thy comfort long, and lose thy love thereby!
Grâce à toi se dissipe et je me sens moins forte...
J'ai été particulièrement séduit par cette traduction car elle met en application ce que je me suis modestement efforcé de prôner ici, à savoir qu'un poème traduit doit avoir les caractéristiques qui sont celles d'un poème dans la langue cible, en l'occurrence le pied et la rime, de façon à paraître "naturel".
Ce vieux monsieur grincheux, aux vêtements fripés,
À l'effroyable odeur, comment s'imaginer
Qu'autrefois il avait une rose inventé,
Délectant des plus délicats l'œil et le nez.
Ce vieux monsieur grincheux, à l'aspect négligé,
Était jadis connu - qui l'aurait deviné ? -
Comme un charmeur assez adroit pour dénuder
La plus entêtée parmi toutes les beautés.
Ce vieux monsieur grincheux, risible et chevrotant,
À la voix de fausset, peut-on quand on l'entend
Croire qu'il maîtrisait l'art lyrique en son temps ;
Que son chant évoquait un oiseau au printemps.
James Reeves
Traduit de l'anglais par Laurent Chiacchiérini en février 2009
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Le planiptère
D'après The Hoverwing
Le planiptère
À en croire les Italiens,
La dolce vita fait du bien ;
Nombreux aussi sont ceux qui vantent
Les avantages du farniente.
Les Doudous dans le Pacifique
Vivent cette vie magnifique
Lorsqu'ils lézardent sur les plages
En contemplant le paysage.
Ils ont pour seule occupation
De pêcher en mer du poisson.
Sous un ciel clair, dans un vent calme,
Ils se hissent parmi les palmes
Pour cueillir le fruit délicieux
Qu'ils mangent en fermant les yeux.
Cependant leur souhait le plus cher
Reste d'aller pêcher en mer :
Le salamo, le polypode,
La mégacrevette émeraude,
Et autres prises très prisées
Pour leur moelleux ou leur fumet.
Or rien n'est parfait dans la vie,
Même celle que l'on envie :
Chaque décor a son envers ;
Toute médaille a son revers,
Comme le cheveu sur la soupe,
Le ver dans la pêche qu'on coupe,
L'herbe folle sur le gazon...
Mais revenons à nos moutons.
Les Doudous ont donc un fléau
Qui leur détruit tous leurs bateaux :
L'être le plus affreux sur terre,
Le gigantesque planiptère.
C'est une baleine en plus grand,
Dotée d'une queue en trident ;
Son odeur acre terrifie
Les marins les plus endurcis ;
Son cuir repousse les harpons ;
Son meuglement crée des frissons.
Il rugit tel un ouragan
Et noie de ses quarante évents
Le plus grand de tous les navires
Tandis que les petits chavirent
Sous les spasmes cataclysmiques
Dont ébranle le Pacifique
La créature délétère,
Le gigantesque planiptère.
En s'appuyant sur ses nageoires,
Il saute comme d'un plongeoir.
Regardez-le tomber à pic,
Descendant des cieux pacifiques,
Balayant les embarcations
Et glaçant la circulation
Des Doudous dont la vocation
Se borne à pêcher du poisson.
Vous pouvez sourire en lieu sûr
Des méfaits de la créature,
Mais pensez, je vous en conjure,
À ceux qui en pleine nature
Exercent leur occupation :
Cette inoffensive nation.
James Reeves
Traduit de l'anglais par Laurent Chiacchiérini en novembre 2008
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