Dans les vergers de Clochemerle rode le brillant croqueperle. Les enfants grimpant aux pommiers, sentent son souffle sur leurs pieds. Ses vibrisses vibrent au point qu'elles leur font lâcher les mains. Ils l'entendent pousser son cri ; ils voient ses yeux percer la nuit, luisant, louchant dans leurs orbites, gros comme des météorites. Sentant sa peau chaude et ridée, ils voient ses naseaux s'enflammer. Sa gueule aux cent dents qui lacèrent, sa queue, sa langue et ses vingt serres. L'ombre sous la lune bombée dans les pommes les fait tomber et ils enjambent la clôture, leur larcin en déconfiture. Le monstre, abandonnant la chasse, préfère les fruits à la place. Prenant la poudre d'escampette, les enfants laissent les reinettes. Ils l'entendent remplis d'effroi croquer six pommes à la fois. Quand enfin il dort, les garçons rentrent sans bruit à la maison. Mais bien avant le chant des merles, au petit jour, le croqueperle a pris la fuite, et dans les prés, laissant sa trace, il disparaît. – "Le croqueperle" (The Snitterjipe) par James Reeves, traduit de l'anglais par Laurent Chiacchiérini en Décembre 2006.
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